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Painting is silent poetry, and poetry is painting that speaks. Simonides

Agnès Baillon




CV- Resume

Née – born in  1963 à la Ferté Milon – Vit et travaille à Paris.

Diplômée des Beaux-Arts de Paris – Mention très bien, Atelier Crémonini.

Collections privées -Private collections

Frissiras Museum Athènes,Grèce.

Wurth Museum Allemagne.

Felios Collection.Grèce.

Fondation Treger Portugal.





Distinctions

1999 – Prix de sculpture Salon de Montrouge.











Un jour, un visiteur est entré dans une de mes expositions et m’a dit : « ce sont les vestiges d’une civilisation pacifiste… » Il était hésitant et sollicitait mon approbation ou son contraire. Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. On apprend finalement toujours de soi dans le verbe des autres.
Vestiges… Oui, mes personnages sont les réminiscences ou fragments d’une autre époque, révolue peut-être, mais en réalité d’une époque qui n’existe pas. Pacifiste, oui aussi, je suis profondément et intiment convaincue, de la force de la non violence. J’ai grandi sur un terrain de lutte pacifique, au profit d’une cause juste et humaniste. Cela me définit jusqu’à aujourd’hui et je pense que je milite à mon tour en ce sens à travers mes sculptures. Dans le silence et l’absence de hurlements. Peut-être que je m’efforce de rappeler l’espoir comme valeur essentielle de l’humanité, par la dimension poétique et la tendresse inhérentes à mon travail. 
Je travaille en ce moment sur le corps blessé. Je ne peux en rester là, sur cette "note" à la dimension dramatique. La blessure ne peut se suffir à elle-même. Mes blessés s’auto-guérissent et se protègent des agressions du monde extérieur. Je veux croire que l'humain porte en lui la faculté de renaître de ses cendres. J’éprouve aussi, en inventant ces corps qui ont leur propre existence, comme un apaisement, l’idée de donner la vie à des personnages qui nous survivront. Je me rappelle d’un film de Scorcèse « After hours » ou le personnage principal, pour sortir d’un interminable cauchemar, est recouvert de papier mâché et se retrouve transformé en sculpture… comme si la sculpture était la seule issue… Elle l’est pour moi. A travers la sculpture, je suggère ce qui parfois n’a pas besoin d’être dit ou formulé, revendiqué, j’essaye de rappeller l’essentiel et la beauté de la nature humaine sans pour autant la mythifier.


Agnès Baillon
Paris, le 22 avril 2011

Regarder au loin, voir au plus près

Il ne se passe rien dans les sculptures d’Agnès Baillon. Aucun drame, aucune trame narrative, aucune action. Lorsqu’elle était peintre, ses toiles mettaient en scène des nageurs dont les têtes étaient non seulement hors de l’eau mais aussi hors de la toile. Ses premières sculptures, exposées conjointement avec ses tableaux, représentaient précisément ces têtes absentes – avant de gagner leur autonomie propre. Une autonomie placide, hors du temps et de l’action, une autonomie inactive en quelque sorte. Pourtant, l’inaction en sculpture, et partant, l’absence de sujet explicite, a toujours posé problème, comme s’il était essentiel que la matière inerte, le bronze, le marbre ou l’argile puise sa substance et trouve sa justification dans la représentation du mouvement et donc de la vie. L’âge d’Arain de Rodin avait, en son temps provoqué la confusion du public et de la critique précisément pour cette raison. Ici chez Agnès Baillon, aucun indice probant ne vient nous renseigner sur l’identité de ses sujets – tout au plus est-on capable d’en deviner le sexe. Bonnet de bain ou phrygien, impossible de préciser le style des coiffes des personnages; rien dans leurs vêtements (lorsqu’ils en portent) ne permet de saisir le contexte dans lequel ils évoluent et encore moins l’époque dont ils semblent avoir été tirés comme d’un rêve.

Il y a sur ces visages, c’est certain, la trace d’une conscience de leur propre corporalité mâtiné de ce que les Grecs nommaient l’ataraxie, la tranquillité d’âme que procure l’absence de passions. D’autres semblent plongés dans la béatitude du songe ou le sommeil, on ne sait; les derniers enfin paraissent être des âmes tout justes incarnées, elles-mêmes surprises de se découvrir un corps dont elles prennent conscience par tâtonnement et par caresses. Les personnages d’Agnès Baillon seraient-ils ainsi le reflet de l’innocence, « cette blancheur sans ombre et sans fard » comme l’écrivait Hugo ? De blancheur, il est question ici, avec les couches de peinture appliquées sur le papier mâché, la résine ou le bronze. Elle induit une transparence, cette blancheur, qui nous incite à plonger à l’intérieur de ces corps un peu gauches et un peu caves, à venir fouailler sous le derme. Le procédé n’est pas nouveau : Antonio Canova enduisait ses nus d’une fine couche de pigments liés par de la cire afin de donner à ses marbres la sensualité de la chair et durant l’Antiquité, un décor polychrome rehaussait souvent bas-reliefs, caryatides et kouros. C’est sans doute d’ailleurs à l’aune de l’art antique et plus précisément des portraits à l’encaustique et à la tempera du Fayoum, qu’il faut comprendre les fragments d’Agnès Baillon : ses visages morcelés ne seraient-ils pas une tentative d’archéologie de notre temps présent ? Le silence de leur regard n’est-il pas le plus loquace des soliloques sur notre époque et nous-même ? Ce n’est sans doute d’ailleurs pas une coïncidence si Agnès Baillon est elle-même attirée par l’œuvre de José Vermeersch, disparu en 1997. C’est la fragmentation, la dislocation même des corps de ce sculpteur flamand, leur imperfection et la béance de leurs orifices qui nous saisissent pour nous emmener vers leur humanité intérieure. Tout comme chez Vermeersch, la sculpture chez Agnès Baillon procède d’une sensibilité haptique, c’est à dire qu’elle invite le toucher par l’oeil, elle incite le regard à palper.

Dans les vifs débats philosophiques du XVIIIe siècle sur la hiérarchie des les tenants de la suprématie de la sculpture arguaient que cette dernière était supérieure à la peinture par le bais de ce “toucher visuel”, qui permettait d’entrer de plain-pied dans l’oeuvre, d’aller au-delà de la surface pour en ressentir la vérité intime et intérieure. On ne pourrait sans doute pas mieux définir le travail d’Agnès Baillon. Ses sculptures ne laissent jamais indifférents. Elles suscitent toujours des sentiments profonds pour la simple et bonne raison qu’elles agissent comme un miroir qui nous est tendu, une surface spéculaire dans laquelle se réfléchissent nos propres émotions. « Parlez-moi de mes sculptures et je vous dirais qui vous êtes » aime-t-elle à plaisanter. Pourtant au-delà de l’aphorisme, ses oeuvres se révèlent être des catalyseurs de nos troubles et de nos attentes. En cela, les oeuvres d’Agnès Baillon sont véritablement uniques : au lieu de se cantonner à déclencher unilatéralement un sentiment chez le spectateur, elles instaurent avec lui une relation, un échange nourri par le biais de ce qu’il peut ressentir face à ces visages fragmentés ou ces corps entiers. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le titre de cette présente exposition: Regarder au loin. Hissez-vous sur les pointes des pieds, regardez par-delà les sculptures d’Agnès Baillon et vous vous verrez. Vous-même. Au plus près.

Laurent Benoist










Looking Beyond, Seeing Up Close

Nothing seems to happen in Agnès Baillon’s sculptures. No drama, no narrative frame, and no action. When she was a painter she painted swimmers whose heads were not only out of the water but also absent from the canvas. Her first sculptures, exhibited next to her paintings, were in fact the missing heads – but before long, they had acquired a life of their own, a placid autonomy out of time and action, an inactive autonomy of sorts. Lack of action and even more so lack of explicit subject has always been a problem in the field of sculpture. Rodin’s sculpture The Age of Bronze, had in its day confused both the public and the critics precisely for this reason: no one knew what it really represented. No tangible clues here as to the identity of the subjects of Agnès Baillon’s sculptures and their gender is only hinted at. There is no way of knowing whether the hats they are wearing are swimming or Phrygian caps and there is certainly nothing in their clothing (when they do wear some) which could allow us to guess the context to which these figures belong, and much less the era from which they seem to have been taken out of like a dream.

Those faces have, we can be sure about it, a trace of the conscience of their own corporeality mixed what the Greeks named “Ataraxia”, the tranquility of the soul reached through lack of passions. Some other faces seem deep in the throes of their dreams or asleep while the last ones look like newly incarnated souls tentatively accustoming themselves to their new body. Could these figures be a reflection of innocence – once described by Victor Hugo as “a whiteness, untouched by shadow and make-up”? The whiteness we see here is provided by layers of paint applied on the paper-mâché, the resin and the bronze which induce a sense of transparency which in turn incites us to dive inside these awkward bodies, to delve beyond their skin. This process is not new: Antonio Canova painted his sculptures with a thin layer of pigments mixed with wax in order to give marble the sensuality of real flesh. And even before that, in classical times, it was not uncommon for Bas-reliefs, caryatids and kouroi to be painted in different colors. One should actually look at the art of ancient times, and particularly the Fayum encaustic and tempera portraits to fully grasp the art of Agnès Baillon: indeed, could her fragments of faces be nothing more than an attempt at an archeology of our times? Isn’t the silence in their stare the most talkative soliloquy on our era and on ourselves? It probably isn’t a coincidence that Agnès Baillon herself is attracted to the sculptures of José Vermeersch, who passed away in 1997. It is the fragmenting and dislocating of the bodies of the Belgian sculptor, and at the same time their sheer imperfection and the gaping holes that seize us and lead us toward their inner humanity. Very much like Vermeersch’s, Agnès Baillon’s sculptures possess a “haptic” sensibility, that is to say, an invitation to be touched by the eye and to be felt by our stare.

During the 18th century heated philosophical debates on the hierarchy of arts occurred. Those who believed that sculpture was superior to painting argued that it was because of “the visual touch” of sculpture which allowed the viewer to fully grasp the sculpture, to go beyond its surface and feel its intimate and inner truth as it were. This definition applies very aptly to Agnès Baillon’s sculptures for they never make us feel indifferent. Her sculptures always elicit deep feelings quite simply because they are like a mirror that is handed to us, a reflective surface upon which our own emotions are laid bare. “Talk to me about my sculptures and I will tell you who you are” likes to muse the artist. Her pun is somewhat true in that her works of art act like catalysts of our hopes and fears. This does makes Agnès Baillon’s sculptures truly unique: they will not simply give rise to feelings in the mind of the viewer but will instead initiate a relationship, a fruitful exchange through what he will feel when confronted with these bodies and faces. This is how the title of exhibition, Looking Beyond, should truly be understood: stand on the tip of your toes and look beyond Agnès Baillon’s sculptures. There you will able to see yourself. Up close.
Laurent Benoist





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